Récit de vie 01

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Ce qui, dans le passé, caractérise le fait d'écrire ses "mémoires" est l'appartenance à une élite, politique ou intellectuelle. La participation à des faits historiques marquants légitime l'auteur qui d'une certaine manière est perçu comme faisant œuvre d'utilité publique en donnant à voir de l'intérieur l'histoire de grands événements ou bien en livrant son regard sur tels "grands personnages". Mais l'œuvre de Montaigne et plus tard celle de Rousseau considérées comme fondatrices de la modernité, ouvrent la voie pour ce qui va devenir au vingtième siècle un exercice qui se démocratise. La parole sur soi et par extension l'écriture sur soi fonde et actualise un sujet qui se veut libre. « Que vais je faire de ce que l'on a fait de moi ? » telle est l'interrogation fondamentale de l'existentialisme posée plus tard par Jean Paul Sartre. Dès lors, ce n'est plus le « grand événement » qui régit la légitimité de l'écrit biographique mais au contraire sa radicale « qualitativité subjective ». Sans doute qu'il importe peu de savoir ce que la science va faire d'un écrit comme celui d'Anne Frank ou bien du président Schreber. Anne Frank écrit bien pour un autre, mais cet autre c'est l'interlocuteur dont elle a besoin pour survivre, pour donner un sens à l'épreuve qu'elle traverse.